Le Familistère de Guise.

Jean-Baptiste André Godin naît en 1817 dans une famille très modeste à Esquéhéries (Aisne). C’est en parcourant la France pour perfectionner son métier de serrurier qu’il se met en quête d’un idéal pratique de justice sociale. Cet ouvrier inventif crée en 1840 un petit atelier de fabrication de poêles en fonte de fer. Une vingtaine d’années plus tard, Godin est devenu un remarquable capitaine d’industrie, à la tête d’importantes fonderies et manufactures d’appareils de chauffage et de cuisson à Guise et à Bruxelles. Cet industriel autodidacte atypique est aussi journaliste, écrivain et homme politique. Il devient député de l’Aisne en 1871.

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Nourri des idées de Saint-Simon, d’Étienne Cabet ou de Robert Owen, Godin a en 1842 la révélation de la doctrine de Charles Fourier. Il sera socialiste phalanstérien. Godin adhère à l’École sociétaire fondée par les disciples de Fourier. Le jeune industriel se révèle plus déterminé que le polytechnicien Victor Considerant dont il a soutenu en 1853 l’essai de colonie fouriériste au Texas. De 1859 à 1884, Godin bâtit à proximité de son usine de Guise une cité de 2000 habitants, le Familistère ou Palais social, la plus ambitieuse expérimentation de l’association du travail, du capital et du talent qui ait été conduite. Le Familistère est une interprétation critique originale du phalanstère de Fourier : une utopie réalisée.
Pendant trente ans, avec l’aide de sa compagne Marie Moret, Godin se consacre entièrement à sa mission réformatrice. Il surmonte toutes les oppositions : du Second Empire, puis de la République conservatrice, de ses concurrents en industrie, des fouriéristes, des habitants de la ville, de sa femme, de son fils, des employés et ouvriers de ses usines. Cependant, à partir de 1864, de nombreuses personnalités et délégations de coopérateurs de réputation nationale et internationale, visitent le Palais social et contribuent à faire connaître l’expérience de Godin en France et surtout à l’étranger : le philosophe Jules Simon ; l’architecte Henry Roberts, Wladimir Taneeuw, avocat fouriériste russe ; le pédagogue Jean Macé ; Edward Vansittart Neale, leader du mouvement coopératif anglais ; le poète et député Clovis Hugues ; les délégations des chambres ouvrières de Paris ; le socialiste américain Lawrence Gronlund, August Strindberg, Émile Zola…
 
Godin meurt en 1888. Il laisse un patrimoine bâti d’une ampleur exceptionnelle, plusieurs ouvrages importants sur la question sociale et, surtout, l’exemple d’une organisation profondément réformatrice. Longtemps méconnu, Jean-Baptiste André Godin est considéré aujourd’hui comme un des pères de l’économie sociale.
Sources: ICI
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Le développement industriel de la manufacture et le succès de la première unité d’habitation, l’aile gauche achevée en 1860, favorisent le lancement rapide d’une seconde campagne de travaux. Le pavillon central du Palais Social est édifié entre 1862 et 1864. Le bâtiment, dont les dispositions sont identiques à celles de l’aile gauche primitive, est le plus vaste du Palais projeté en 1858. Il comprend près de 150 appartements et sa cour intérieure couvre une superficie de 900 m². Une horloge et un belvédère, souvenir de la tour d’ordre du Phalanstère, dominent la façade sur la place qui prend alors forme.

La cour du pavillon central remplit des fonctions sociales particulières. Une épicerie et une mercerie occupent le rez-de-chaussée de l’aile sud. Elles sont complémentaires des magasins logés dans les économats et permettent aux habitants de s’approvisionner sans quitter le Palais. Le service médical et la pharmacie mutualistes sont également installés au rez-de-chaussée.
Au matin, les enfants se rassemblent dans cette cour pour être conduits aux écoles du Familistère, situées de l’autre côté de la place. La cour est le théâtre principal des fêtes familistériennes, la Fête de l’Enfance qui a lieu en septembre à partir de 1863 et la Fête du Travail célébrée le premier dimanche de mai depuis 1867. A ces occasions, on y dresse estrades et banquets, on y organise bals, spectacles et remises de prix en présence d’une foule de spectateurs massés sur les « balcons ».
Si l’entrée nord de la cour ouvre désormais sur le parc, elle communique jusqu’en 1918 avec la nourricerie-pouponnat du Familistère. Cet accès est encadré par deux plaques de pierre noire enchâssées dans le mur de la cour et portant deux maximes gravées : « Dieu nous soit en aide. 1859 » et « Hommes soyez-nous favorables. 1859 ». Provenant de la cour de l’aile gauche du Palais, incendiée en 1914, elles furent installées à cet emplacement après 1918 pour commémorer la fondation du Familistère.
Sources: ICI

Ce week-end de Pâques, nous avons eu la chance de découvrir ce fabuleux site, une belle découverte à la veille des élections, cela permet de faire le tri.

Après avoir déambulé presque 3 heures dans le grand bâtiment, on en ressort presque avec l’envie de commander un poêle Godin.

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Une visite sympathique, une utopie unique qui fonctionna jusqu’en 1968 sous le régime d’une association coopérative du capital et du travail.

Si vous avez l’occasion de passer dans la région, n’hésitez pas à rester une petite journée à visiter le Familistère de Guise, toujours habité, un musée qui raconte l’aventure d’un idéal et l’interroge à travers 5000 m2 d’expositions et plusieurs hectares de jardins.

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10 réflexions sur “Le Familistère de Guise.

  1. Merci pour cette découverte car, jusqu’à ce matin, Godin, ce n’était pour moi que des poêles!

    Cependant, je n’aurais pas aimé vivre dans cette « micro-société » paternaliste où les employés, même s’ils en tiraient d’indéniables avantages matériels, étaient entièrement soumis à leur employeur.

    Si tu te rebiffais au boulot, c’était la perte non seulement de ton travail, mais aussi de ton logement, tes enfants étaient virées de l’école du Patron, etc…

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    1. Ils n’étaient pas obligés de vivre dans cette micro-société mais en ce cas ils n’avaient pas les avantages.
      Faut pas oublier qu’on est en 1860, Sensible à l’idée de la redistribution des richesses industrielles aux ouvriers, il souhaite créer une alternative à la société industrielle en plein développement à son époque, et offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois pouvaient alors bénéficier. À partir de 1859, il entreprend de créer un univers autour de son usine de Guise, le familistère, dont le mode de fonctionnement peut être considéré comme précurseur des coopératives de production d’aujourd’hui. Il favorise le logement en construisant le Palais social (logements modernes pour l’époque), au sein duquel sont mis en place ce que Godin appelle les « équivalents de richesse » et qui vise à réduire l’écart entre classes sociales. Ainsi, avantages sociaux (assurance maladie, retraite, etc.), confort inédit (chauffage central, distribution de l’eau, douches et toilettes, éclairage au gaz…), services partagés (économat, crèche, lavoir, piscine…) et dispositifs visant à l’éducation des habitants (écoles, cours du soir pour les adultes, théâtre…) sont mis en place. Tous les acteurs de l’entreprise avaient accès aux mêmes avantages quelle que soit leur situation dans l’entreprise.
      A pluche.

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  2. Comme Michelin à Clermont-Ferrand et Alexandre Legrand (La bénédictine à Fécamp), il y a eu dans notre passé, des industriels soucieux de leurs salariés… Et que l’on a traité de « paternalistes », d’un ton péjoratif…

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  3. J’y suis allée et ai adoré cet endroit, et je ne sais pas si tu ressens les choses, et les lieux, amis là bas règne une atmosphère particulière de bienveillance et de gaieté et de sérénité. Je respecte profondément l’idéologie de ce monsieur, ça n’existe plus dans notre monde politique de telles personnes. Bises

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    1. J’ai bien aimé cet endroit, et je trouve que Mr Godin avait un peu d’avance, l’hygiène, la natation, le respect des travailleur, les services partagés, assurance maladie, retraite,… Maintenant la Bourse est le principal intérêt des patrons.
      A pluche.

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