La croix Saint Marc.

Je pensais avoir fait un petit article sur la Croix Saint Marc mais je pense que c’était avec l’ancien blog qui n’existe plus.

J’en ai appris un peu plus sur cette croix en lisant un petit document d’une sortie littéraire organisée dans notre petit village.

Cette Croix reste liée à la famille Martin du Gard et fut l’objet d’une polémique enflammée qui dura de 1904 à 1907.

Il faut tout d’abord se resituer dans le contexte de l’époque :

1905 : la loi de séparation de l’église et de l’Etat adoptée en juillet. Le Président de la République est alors Emile Loubet. Mais depuis de nombreuses années, cette séparation fait l’objet de bien des projets et propositions de loi, Gambetta l’avait mise dans son programme de gouvernement des radicaux dès 1869. Les esprits ont eu le temps de s’échauffer !

Cette loi proclame la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. Elle prévoit aussi un inventaire estimatif des biens mobiliers et immobiliers des anciens établissements de culte et des fabriques qui géraient les paroisses. Les cathédrales deviennent propriétés de l’Etat et les églises paroissiales propriétés des communes.

Dès février 1906, l’application de cette loi donne lieu à des émeutes notamment lors des inventaires avec ouverture des tabernacles (profanation du sacré). Certains historiens n’hésitent pas à dire que la France était au bord de la guerre civile et qu’il faudra attendre la première guerre mondiale pour que la question religieuse soit reléguée au second plan.

Mais revenons à la Croix de Saint-Marc. Elle fut érigée sous le premier Empire ou sous la Restauration. Elle est en tout cas mentionnée sur le cadastre de 1829 mais de l’autre côté de la route, sur un terrain qui appartiendra à… M. Martin du Gard

1904 : en cette période troublée, un vent anticlérical souffle sur la commune. Le maire et son le conseil municipal interdisent les processions religieuses sur la voie publique et les manifestations cultuelles extérieures puis décident d’enlever les croix qui existent sur le territoire de la commune.

Novembre 1904 : le conseil municipal vote la démolition de la Croix de Saint-Marc. Apprenant cela, Paul Martin du Gard fait rédiger une requête par l’huissier du Tribunal civil de Sancerre afin d’informer le maire de Sancergues qu’il s’oppose à cette démolition et que «  dans le cas où M. le Maire passerait outre à la présente défense et violerait la propriété du requérant en détruisant le monument qui y était élevé, le requérant se pourvoirait devant tous les tribunaux compétents en réparation du préjudice causé, dommages et intérêts et même reconstruction du monument qui aurait été détruit »

La municipalité ne tient nullement compte de l’avertissement et fait démolir la croix dès le mois suivant. Il s’ensuivra trois années de procès qui se termineront en 1907 par un arrêté préfectoral. Celui-ci précise que la croix sera reconstruite par M. Martin du Gard, à ses frais, non pas à l’emplacement où elle était édifiée auparavant mais de l’autre côté de la route. A titre de compensation, la moitié de l’ancien chemin des Points est cédée par la Commune à M. Martin du Gard. Il est signalé que cette partie est devenue sans utilité (pour la commune) par suite du passage de la ligne de chemin de fer.

Détail amusant : le curé qui desservait Sancergues pendant cette affaire portait un nom prédestiné : il s’agissait du curé… Lacroix.

Vous trouverez le texte dans promenade littéraire-2018

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12 réflexions sur “La croix Saint Marc.

    1. Dans le livre de Françoise Bezet « les grandes évolutions de nos villages » on peut en lire un peu plus avec le plan de 1907 et les factures de démolition.
      A pluche.

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    1. Effectivement Roger Martin du Gard a été un habitant du petit village où j’habite, il a une rue à son nom et un collège.
      Je dois avouer que je ne suis pas fan du bonhomme.
      A pluche.

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  1. Je connais Roger Martin du Gard de nom, mais Paul Martin du Gard ? Est-ce de la même famille ou un homonyme ? Et le Gard à Sancergues , cest un grand détournement de cours d’eau… 🙂
    Très bonne journée à toi

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      1. Non, Paul était Bourbonnais et Roger est né à Neuilly sur seine, après être parti de Sancergues il a rejoint son château du Tertre dans l’Orne à Sérigny où il est mort en 1958.
        A pluche.

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