Dans le collimateur du chef (1).

En fouillant dans mes archives j’ai retrouvé un vieux texte qui date des années 2010, je l’avais déjà publié sur mon ancien blog qui n’existe plus et je l’ai découpé en deux parties, la suite arrivera la semaine prochaine.

J‘ai eu une époque un peu délicate durant ma fin de carrière et je me défoulais en couchant du texte, ici c’est une fiction, toutes ressemblances avec des événements ayant existé seraient fortuites.

Vous l’aurez sans doute compris je suis dans le collimateur de mon chef et l’autre jour au retour de tournée j’ai trouvé un mot sur ma position de travail dont je reproduis le texte ici même.
Anatole.
Il n’a pas été possible de rester pour vous rencontrer à cause d’un problème d’organisation mais je tiens personnellement à vous dire que demain matin notre collaboratrice Mlle Nikam viendra vous accompagner sur la distribution dans le but de surveiller votre travail et signaler les anomalies qui pourraient se présenter.
Vous voudrez bien rester courtois et aimable envers elle.
Merci.
Et c’est signé: le chef.

Pour rappel des événements, la semaine passée j’ai été sanctionné pour absence irrégulière sur ma position de travail, alors que j’étais dûment mandaté par le syndicat pour représenter un des leurs.
Je n’ai pas besoin de vous dire que je commence à être fatigué, les conditions de travail qui se dégradent, les intempéries qui se rajoutent à tout cela il n’en faudrait pas beaucoup plus pour faire péter la poudre ou le couteau à désosser.
J’ai donc signer ma fin de vacation, une nouvelle fois avec des dizaines de minutes supplémentaires et j’ai repris le chemin de la maison paisiblement à pieds.
La nuit portant conseil, je me suis dit que demain matin serait une nouvelle journée et qu’il ne fallait pas m’inquiéter.
6 heures le réveil vient de sonner et le rituel habituel peut démarrer, mis en route la machine à café, rasage et passage sous la douche pendant que le jus coule à travers le filtre, un bon quart d’heure plus tard je sers le petit noir dans un grand bol ( il me faut toujours un bol de café pour démarrer la journée) ensuite découpage des tartines, éventuellement passage par le grille pain, préparation du bol de lait chocolaté (encore un habitude) pendant que le bol chauffe dans le four à micro-ondes, petite couche de beurre et confiture pour
agrémenter le petit déjeuner.
La suite n’a que peu d’intérêt et je vous passe le détail sur mon passage au milieu des manchots.
7 heures, prise de service.
Je ferais l’impasse aussi sur le déroulement de la préparation à la distribution, la demoiselle Nikam est bien là comme prévu, elle prend des notes et regarde sa montre, vient par dessus mon épaule lorsqu’elle ne comprend pas ce que je fais, mais je reste courtois parce que j’ai des consignes.
Après 2 heures et demi de préparation la voiture est chargée, il a fallu que je trouve une solution « pratique » pour caser la charge de travail, préparer les paquets en fonction de la tournée et surtout faire une place pour mettre la collaboratrice.
9 heures 35, départ vers mon univers de travail, le moment que je préfère, c’est celui où je m’élance tel un fidèle destrier, faire qu’au retour les 340 usagers auront eu le plaisir de me voir, ou seulement la voiture et que les 3 m3 qui occupent l’arrière de la voiture auront retrouvé un peu d’espace libre.
Nous voilà donc sur le chemin de l’aventure, la distribution se déroule sans encombre, la statue de Saint Martin sculpté dans le mur de l’église nous fait signe en passant avec son bâton comme à son habitude et nous voilà partis dans les chemins un peu plus obscurs au fin fond des chaumes, alors la tu peux crier, personne pour t’entendre, sauf peut-être les cormorans qui font sécher leurs ailes sur les bords de Loire. En passant devant l’étang du gué du roy qui annonce le retour vers le centre bourg nous découvrons avec amusement une maman ragondin qui cherche un peu de nourriture sur les berges accompagnée de sa marmaille.
Puis passage par la maison de l’éclusier, le bruit de l’eau qui s’échappe des portes fait un bruit d’enfer, il ne faudrait pas tomber dans le bief surtout certain jour où le canal commence à friser sur les bords.
Jusque là nous avons échanger peu de mots, je suis d’un naturel peu expansif et il me faut sonder pas mal avant de me confier, donc pour le moment nous en restons juste aux expressions d’usages pour le boulot qui nous est demandé.
Viens maintenant le passage où par beau temps j’arrive à un point dominant le val de Loire, je peux parfois découvrir le Morvan sous la neige alors qu’ici le sol n’est même pas blanc.
Après cette petite excursion sur les hauteurs, il nous faut reprendre le chemin de la distribution qui pour l’instant a été suivi à la lettre.
Nous voilà dans une grande rue d’environ un kilomètre et demi qui n’a pas grand intérêt pour l’histoire si ce n’est qu’elle porte le nom d’une rue chaude et célèbre de Paris. Mais je ne suis pas d’humeur à plaisanter aujourd’hui.
La suite de la distribution se passe sans grande difficulté, les petites cours et autres impasses font de cette distribution de petits exercices pour le maniement de l’automobile.
Le deuxième bourg est lui plus concentré, il y a encore quelques activités, un boulanger et un troquet qui donnent un peu de vie dans ce village, ensuite vient la distribution des écarts comme on les appellent dans le jargon postal, ces petites maisons qui sont isolées au fin fond d’un chemin, sur une île entre la Loire et le canal et puis il y a aussi les maisons bourgeoises qui ont été construites il y a bien longtemps et dont les héritiers ont bien du mal à tenir les deux bouts pour faire l’entretien, ce sont des petits châteaux, la plupart ont dû vendre les dépendances pour pouvoir garder les bâtiments centraux.
Ensuite après être passé par cette noblesse il nous faut aller rejoindre les bords du canal encore une fois où l’on trouve les anciennes maisons des ouvriers des fours à chaud qui ont été revendues, elles se ressemblent presque toutes, puis vient la dernière usine en service sur la tournée qui prépare des aliments pour bestiaux, où parfois se dégage des odeurs de tourteaux brûlés.
Dire au revoir au canal et poursuivre en reprenant le chemin vers l’intérieur des terres, la brosse, le tureau, les taureaux, la croix rouge, les loges, les chamignons où nous avons eu l’occasion de voir Marcel qui est un chat tout roux, son propriétaire me fait bien rire lorsqu’il appelle son chat à haute voix.
Après le petit passage dans ses hameaux, il nous faut reprendre comme prévu dans l’itinéraire de distribution (que j’ai suivi à la lettre et c’est important) le passage par les réaux qui sont deux petits étangs alimentés par quelques sources et surtout par les eaux de pluie qui viennent des bois environnants.
Vous l’aurez remarqué c’est un paysage varié qui change au fil de l’avancement de la distribution et en fonction des saisons il est vraiment différent.


La suite la semaine prochaine…

10 réflexions sur “Dans le collimateur du chef (1).

  1. Très bien écrit ! Même si c’est 1 fiction, je suis contente que pour le héros de cette histoire, cette période soit révolue. Prend soin de toi.

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  2. Une fois, mon ancienne factrice m’avait confié qu’elle allait être accompagnée pour un de ces contrôleurs qui allait chronométré à le seconde près le moindre de ses gestes; de telles pratiques me choquent, quelle que soit la profession concernée.

    Quelques jours plus tard, j’ai reçu un courrier m’informant que ma boîte à lettres était mal placée et faisait perdre du temps à la factrice; je ne me suis pas démonté et ai appelé ce service pour les informer que j’avais disposé cette boîte de manière à ce qu’elle soit à la hauteur de la vitre de la voiture postale, accessible sans en descendre (elle n’a pas changé de place depuis). L’affaire en est restée là.

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  3. Pour le moment tout se passe bien, malgré la tentative de déstabilisation manifeste du chef apparemment de mauvaise foi… Affaire à suivre… Et je vois que tu étais bien luné… Moi à ta place, je l’aurais peut-être foutue à la baille… 🙂
    très bonne journée à toi

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  4. J’ai eu une très courte période La Poste. Je ressentais une forte anxiété, un manque de confiance car formé à l’arrache et forte responsabilité. Je voulais trop bien faire, alors je me rendais malade. J’ai découvert le chacun pour soi dans cette structure. Ca s’est terminé avec un accident de travail, en voulant trop bien faire…

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